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Chroniques : Joy Division - Closer |
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- De Ptilouis dans
En 1980, le succès de Joy Division est à son apogée mais Ian Curtis est au bord du gouffre. Accablé par son cœur tiraillé entre deux femmes, par les regrets, par les crises d’épilepsie à répétition, par son traitement aux lourds effets secondaires, le surmenage, son angoisse de la scène et du public, Ian Curtis tente la mort, deux fois durant cette même année, à coups de rasoir et de barbituriques. On tient cet album de noirceur comme un chef-d’œuvre, avoisinant dans la perfection son grand frère Unknown Pleasure. Aux premières notes d’"Atrocity Exhibition", Joy Division est bien là… dans l’environnement, un peu partout à la fois… dans cette rythmique tribale, mais aussi dans cette fusion synthé/guitare traficotée et noise, et cette rengaine « this is the way, step inside », c’est le combat. Un très bel hommage à J.G. Ballard. Ian Curtis, lui qui deux ans plus tôt refusait catégoriquement les arrangements New Wave, se dirige complètement avec Joy Division dans la musique New Wave, "Isolation" en est un exemple des plus synthétiques et des plus électroniques. Le morceau traite tout simplement de la peur, de l’angoisse... Et de l’isolation. Que penser alors de "The Eternal", électroniquement languissant, au désespoir tristement réel… Le son du piano est surprenant à chaque écoute et, sorti de son contexte, ne doit plus avoir aucun sens. Que penser aussi de "Decades" ? Seulement penser que Joy Division maîtrise tout. Ian Curtis est un poète, romantique et maudit. "Decades" est un poème sublime : « Weary inside, now our heart's lost forever / Can't replace the fear, or the thrill of the chase /Each ritual showed up the door for our wanderings / Open then shut, then slammed in our face ». L’abattement et la détresse tellement présents sur tous les titres et gravés à vie sur Closer sont à leur point culminant sur "Twenty Four Hours", qui peut longtemps être écouté distraitement avant d’en concevoir toute la dimension tourmentée et la perfection. Comme un intermédiaire, "Passover" apparaît ; étonnamment religieux et glacial, en laissant parfois sans voix… Quelque chose ne tourne pas rond sur "Heart and Soul", quelque chose passe rapidement, quelque chose file avec sournoiserie et malice. Ce que chante Curtis semble personnel, voire abstrait, mais l’on sait apprécier. Ces deux-là représentent le pic du milieu de l’album, "A Means to an End", ou l’espérance achevée, « I put my trust in you… », la désillusion finale. Et "Colony", tant inquiétante par ses frappes de batterie ultra répétitives et sa saturation de guitare bouillonnante, pourrait bien être le summum de la folie et de la dépression tellement représentatives du groupe… À la veille du départ de Joy Division pour leur tournée américaine, Ian Curtis pose The Idiot sur la platine et met fin à ses jours par pendaison. Deux mois plus tard, Closer sort. L’album est toute une fin, toute une naissance et toute une continuité. La fin d’un génie vivant avec la mort, la fin d’un groupe absolu, la naissance d’un nouveau projet (New Order, reformation des ex Joy Division) et donc la continuité de Joy Division, par une suite d’albums pour New Order qui se déroule comme dans une logique et une cohérence parfaite, une évolution dans le sens dans lequel Ian Curtis se serait certainement orienté. Faisons en sorte que Joy Division ne perde jamais sa magnificence, écoutons et comprenons.
Liste de lecture (44:37) 01 - Atrocity Exhibition (6:09) |
J'ai finalement trouvé l'album à la Fnac. Franchement pas déçu ! Je comprends pas toutes les paroles mais ça viendra. Et merci Haydn pour la découverte.
J'aurais une question par contre : est-ce qu'un jour les chroniques seront disponibles par auteur ? A force de venir sur le site, je commence à voir un peu les goûts de chacun et ça serait chouette d'avoir un suivi des rédacteurs.