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Interviews : Trophy Scars

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Interview de : Trophy Scars
Par Mr. Broadminded
(10/12/11)


 

La première dans une carrière, c’est toujours un moment particulier. Surtout quand c’est une première interview avec trois membres du groupe américain Trophy Scars (dont la chronique du dernier album, Never Born, Never Dead… est disponible sur Deep Music). Trois musiciens passionnés, hyper-sympathiques et pas avares de parole, qui ont répondu avec joie aux questions classiques mais pas inintéressantes de votre serviteur. Trêve de bêtises, place à Jerry, Andy et Brian.

 


Deep Music : Quelques questions classiques pour commencer ; pouvez-vous vous présenter pour que nos lecteurs puissent vous connaître un peu mieux ?

Jerry Jones : J’suis Jerry. Je suis un des membres fondateurs, j’écris et chante les chansons.

Brian Ferrara : J’suis Brian, l’un des membres fondateurs. Je joue de la batterie – ainsi qu’un peu de guitare, de piano et les chœurs sur les enregistrements.

Andy Farrell : Salut, je suis Andy et je joue de la basse dans le groupe depuis 2005.



Trophy Scars nous avait été présenté comme un groupe de « Blues Psychédélique », dans quel genre avez-vous l’impression de vous inscrire, notamment avec l’EP Never Born, Never Dead… ?

J.J :
Hum, il y a des côtés blues et rock-psychédéliques dans notre son... mais on est un peu plus large que ça. Il y a aussi des éléments très cinématographiques dans notre son. La combinaison de ces deux caractéristiques fait qu'il est difficile de nous inclure dans un genre. Quand je décris notre son aux gens, je leur dis que c'est du « Heavy Rock'n'Roll ». Cependant, je conviens que nous sommes psychédéliqueq et bluesy. Peut-être par moment nous sommes progressifs, expérimentaux et lancinants ; et par d'autres, nous sommes funs, bruyants et cathartiques.

A.F : Je serais assez d'accord pour dire que ces derniers temps, on a tendance à tomber dans ce genre de blues-psychédelique. À travers les années, on a évolué. Cependant, on garde encore un certain son. Je ne suis pas habituellement un fan des genres spécifiques parce-qu'ils ont tendances à enfermer un groupe dans une certaine idée et à le rendre prévisible. Les groupes grandissent et changent peu à peu selon les changements de membres au sein du groupe ou juste parce-qu'ils grandissent et s'affirment. Trophy Scars est un bonne exemple de cela. Quand vient le temps d'écrire un nouvel album, on y va qu'avec quelques idées et pas beaucoup plus. Le résultat est l'association de chacun des musiciens et de leurs influences personnelles. C'est pour ça que quand je dois décrire Trophy Scars, ce qui m'a été demandé à de nombreuses reprises, je dis simplement aux gens de l'écouter ou de le catégoriser comme du Rock et du « Heavy-Blues ». On a adopté le genre de « post-quelque chose » pour montrer que Trophy Scars n'est pas qu'un seul style de musique, mais que nous englobons beaucoup d'autres genre comme le Rock, le Blues, la Soul, le Hip-hop, etc... Ce que tu entends est simplement ton interprétation sur notre musique.



Quelles sont vos principales influences ? J’ai entendu que les Beatles et Tom Waits vous ont notamment inspirés…

J.J :
Oui, les deux nous ont grandement inspirés. Nous aimons les musiques colorés et dramatiques. En ce moment, on est à fond dans Roger Waters. Il devient une influence majeure sur ce que nous écrivons actuellement. Mais nous ne sommes pas seulement influencés par le son, nous apprécions beaucoup les films (David Lynch en particulier) et les autres médias visuels. C'est important pour nous de vraiment apporter une image intense dans l'imagination de celui qui écoute notre musique. C'est là où toute la magie s'opère. J'adore quand j'écoute quelque chose et que tous mes sens s'enflamment, me donnant l'impression d'un souvenir que je n'ai jamais eu.

B.F : Ma principale influence est Pink floyd, particulièrement Roger Waters et Nick Mason. J'ai beaucoup écouté Burst Apart des Antlers, ces derniers temps.

A.F : Question compliqué. Je pourrais parler d'influences pendant des jours. Les Beatles sont probablement mon groupe favori, et je pense qu'ils sont essentiels dans la musique de plusieurs façons. Leur discographie couvre un large ensemble de genres et je pense qu'elle est super pour quelqu'un qui souhaite commencer à vraiment écouter de la musique. En plus de ça, j'ai grandi avec un gros régime de Rock, de Punk, de Metal et de Soul/R'n'B. J'écouterais honnêtement n'importe quoi. Chaque fois que j'entends une chanson, nouvelle ou non, ça m'influence d'une façon ou d'une autre. Que ça soit les arrangements aux oignons et les harmonies de Motown ou les grosses basses de Black Sabbath. En ce moment, j'écoute les groupes à quatre membres. Quand nous avions tout vidé, tout donné, j'ai voulu revenir à Sabbath, Led Zeppelin et Pink Floyd pour comprendre comment quatre personnes pouvait créer des albums aussi énormes et épiques. Springsteen a été une immense influence également. Chaque fois que nous sommes sur le point d'écrire quelque chose de neuf, je fais ce que j'appelle des « devoirs » et j'étudie quelques groupes afin d'être inspiré.

 



Trophy Scars a presque 10 ans ? Pensiez-vous que vous alliez durer si longtemps ?

J.J :
Pas il y a cinq ans. Je pense que c'était quand ça faisait huit ans que j'ai réalisé que c'était quelque chose que nous n'aurions jamais à abandonner si nous le voulions pas. Le cœur du groupe a toujours été Brian, John (guitare) et moi. Andy nous a rejoint en 2005 et ça été cool avec nous trois. Nous nous disputons jamais et n'avons jamais de désaccord important. On adore créer ensemble, produire notre art et tant qu'on le sent comme ça, nous n'avons rien d'autres à rajouter, nous continuerons d'écrire et faire de la musique ensemble.

A.F : Des fois, ça me fait peur de me dire que ça fait 10 ans. À vrai dire, je ne pense jamais à notre âge ou notre longévité. Tout ce que je savais était que je devais traîner avec quelques mecs que je considérais comme mes frères et que je devais faire de la musique. Qu'est-ce que tu peux vraiment demander de plus? Peu importe les hauts et les bas de nos carrières, je pense qu'on est juste tous fiers de ce que nous faisons et de l'amitié qui en ressort. On est aussi trop têtu pour arrêter. On n'y peut rien. Même quand on travaille sur des projets parallèles, c'est le même groupe de personnes et je pense que c'est énorme pour faire de nous ce que l'on est. Il n'y a pas de règles ou de limites si ce n'est faire de la musique avec les types que t'aimes et de se faire plaisir. Je peux imaginer que le groupe sera encore là dans dix autres années simplement parce-que c'est tout ce que nous savons et tout ce que nous aimons faire.



Sur votre dernière production Never Born, Never Dead…, maintenant. Lors de la première écoute, j’ai pensé à une sorte de bande originale, traçant une histoire avec des chansons qui s’enchaînaient sans véritables pauses. Mon niveau d’anglais ne m’a pas permis d’en être certain, était-ce une volonté de votre part ?

J.J : Absolument, c'était dans notre intention. Comme je l'ai évoqué tout à l'heure, nous adorons les films et nous essayons de donner un côté cinématographique à nos chansons. Les trois derniers albums étaient assez conceptuels. Notre EP de 2010, Darkness, Oh Hell, est le « grand frère » de Never Born, Never Dead... Dans le but d'impliquer ceux qui nous écoutent dans le concept, nous voulions que ces albums donnent l'impression de regarder un film. Même si les auditeurs ne sont pas toujours au courant de ces intentions ou celui du concept, ils comprennent au moins que cette façon de mixer l'album n'est pas accidentelle.

B.F : J'adore juste écrire des chansons sombres et rock avec une batterie puissante et une musique qui sonne live.

A.F : Je pense que nous aimons tous les albums concepts et on prend une thématique particulière à chacun de nos albums. Nos albums doivent sonner comme un ensemble et non juste comme une collection de chansons. Toutes ces chansons sont utiles entre elles. Je pense que quand nous commençons chaque session d'enregistrements, on a une idée de comment nous voulons que ça sonne, mais nous essayons pas de forcer le trait. Souvent, certaines choses arrivent pendant l'enregistrement et ça change le tout. Le piano à la fin de « Snake Oil » était un accident, Gray avait continué à jouer après la fin de la chanson et c'était un truc pas vraiment prévu, mais ça sonnait bien et ça a changé la dynamique de tout l'EP. Dans le cas des nouvelles chansons, on écrit des trucs qui s'assemblent ensemble comme dans un puzzle. On construit le contour avec les premières chansons pour avoir une idée d'où on se dirige. Ensuite, on complète le tout avec d'autres chansons.



Dans tous les cas, j’ai écouté l’EP à de nombreuses reprises, je ne m’en lasse toujours pas. J’apprécie particulièrement « Snake Oil » qui à mon avis est le meilleur titre, avec un riff d’entrée assez « bluesy » et la voix de Jerry Jones s’accordant parfaitement avec l’ambiance du morceau. Il y a une voix féminine sur le refrain, à qui appartient-elle ?

J.J : Il y a deux voix, en fait. L'une est à Desiree Saetia qui chante dans le groupe Monday Night Bear Claw et l'autre est à une chanteuse de blues, Kelly Fehn. Les deux chantent la plupart du temps ensemble pour donner cet aspect de chœur.



Est-ce Jerry Jones qui écrit les textes de vos chansons ? Beaucoup sont assez sombres, mais incroyablement beaux et poétiques. De quoi s’inspire-t-il ?

J.J :
J'écris tout les textes. J'utilise souvent des personnages très spécifiques (et parfois minables) pour aborder des thèmes philosophiques plus larges. Jean-Paul Sarte, Bertrand Russell, Thomas Aquinas, Augustine d'Hippo, Ayn Rand et Kant... tout ont eu de belles et conflictuelles idées qui m'ont inspiré. J'aime bien l'image « bien contre mal » parce-que c'est l'une des tournures les plus évidentes et moralistes. J'adore également les vengeances amoureuses et les scènes dynamiques qui peuvent nous faire plonger dans la violence à n'importe quel moment. Never Born, Never Dead parle avec l'idée de réincarnation et les notions d'« éternelle » et de « nulle part ». J'apprécie les bandes-dessinées et The Maax de Sam Keith a aussi eu une énorme influence sur mon écriture.



Vous êtes encore quasiment inconnu en Europe (si ce n’est les spécialistes), qu’en est-il aux Etats-Unis ? J’ai appris que vos fans avaient investi pour que vous puissiez sortir un de vos albums intitulés Bad Luck, ça a dû vous encourager à redoubler d’effort !

J.J :
C'était très stimulant. Ça nous a certainement encouragé à écrire le meilleur album de notre carrière. Ça nous a pris quasiment trois ans pour faire ce foutu truc mais nous sommes vraiment ravi du résultat et c'est pour ça que nous serons toujours redevable à nos fans exceptionnels. C'était un grand moment dans notre carrière et ça me fait toujours quelque chose de penser à ces gars qui ont sauvé le groupe pour pouvoir entendre un autre de nos albums. C'est le genre d'histoire qui n'arrive que dans les bouquins ou au cinéma.

B.F : Nos fans sont vraiment encourageants – même plus... Nous étions vraiment dégoutés de ne pas avoir pu tenter notre chance en Europe et de devoir se séparer. Les fans nous ont donnés un second souffle et l'opportunité de continuer. Mille merci à nos fans exceptionnels.

A.F : On a vraiment une « fan-base » dévouée aux États-Unis. Ce sont quelques-unrs des meilleures personnes que j'ai pu connaître et dont j'ai eu le plaisir de rencontrer. On essaye de pas trop attirer l'attention et de laisser notre musique parler pour elle-même. Depuis le début, on tient à ce concept de DIY (ndla : « Do It Yourself ») qui nous aident à rester détaché. Je ne pourrais pas demander plus à nos fans. Ils nous portent à travers le temps et nous aident à continuer à écrire. Ça me dégoûte parfois de ne pas tourner parce-que rencontrer et sortir avec des gens avant et après le show me manque, de ne pas pouvoir parler avec eux, de ne pas pouvoir les connaître. Je garde toujours les histoires de chacun en moi et y pense quand nous écrivons. Ils font tous (les fans) partis de la famille Trophy Scars autant que les membres. Facebook et le site du BigCartel m'ont aidé à rester en contact avec les fans, de pouvoir leur parler un à un. Ils sont ceux qui font tourner le groupe et qui nous font continuer. Je disais tout à l'heure que nous sommes obstinés à continuer à cause du fun et de l'amour qu'on a à travailler ensemble, mais les fans sont aussi importants. Avant de rejoindre le groupe, j'étais l'un de ces fans et je porte ce sentiment d'avoir un nouvel album de Trophy Scars en moi. Je pense que nous essayons de donner le meilleur pour plaire aux auditeurs avec chaque album, tout en essayant de leur apporter quelque chose de frais. Après réflexion, une partie d'un enregistrement de Trophy Scars comporte à tout mettre en puzzle avant de tout réunir pour pouvoir saisir ce qu'il en est vraiment. Il y a toujours beaucoup plus dans un album que ce que l'on croit à la première écoute.



Vous avez eu un nombre impressionnant de membres depuis votre création ? Que s’est-il passé, désaccords artistiques ? N’est-ce pas dur pour les performances scéniques ?

J.J :
Il y a eu en effet quelques changements de membres qui impliquaient un désaccord artistique. Mais la plupart de ceux qui ont quittés le groupe l'ont fait parce-qu'ils avaient d'autres objectifs dans la vie. Encore une fois, la base du groupe est toujours la même et les membres fondateurs n'ont jamais quitté la bande. Ça n'a jamais été difficile pour le live – si il manque un musicien, on fait le nécessaire pour garder la même intensité. Parfois, nous aurons jusqu'à neuf gars sur scène, et d'autres fois nous serons que nous quatre. Chaque concert est différent et a son propre feeling. J'aime ça dans nos concerts, ils sont uniques. Tu ne sais jamais quels genres de truc à quoi t'attendre – des fois, nous ne le savons pas nous-mêmes! Nous aimons avoir le son de nos enregistrements quand nous jouons des shows « de promotions », mais après c'est vachement plus excitant de changer la dynamique des chansons originales et d'ouvrir vers d'autres perspectives.

B.F : Neuf fois sur dix, nous savions que ça allait arriver (ndla : un changement de membre), même quand nous nous amusions. John, Jerry et moi-même jouons ensemble depuis le début. Quand Andy a rejoint le groupe, lui et moi avons bossés durs sur les rythmes.

A.F : Le groupe a changé à travers les années de beaucoup de façons et je pense que c'était surtout de manière naturelle. En regardant les changements de membres... c'est la vie, quoi. C'est dur d'être « libre » et de faire partie d'un groupe à plein-temps. Aucun de ces changements n'étaient mauvais, je pense. Nous sommes une famille et nous restons proches des anciens membres. La manière dont je regarde notre évolution est vraiment « time and place ». La raison pour laquelle nos albums sonnent si différents est à cause (ou grâce) aux changements de membres. Chaque album présente de nouveaux mecs qui donnent leurs propres influences au son final. Un peu comme ces vieilles troupes de jazz ou de blues qui changeaient constamment de membres, à chaque fois que tu les voyais, tu avais un truc différent. Tu as ces mecs à cet endroit, à ce moment-là (ndla : « time and place »). En ce qui concerne nos lives, au début, ça fait un peu bizarre d'être un groupe « four-piece ». Ceci-dit, avec le temps, je me rends compte de nos points forts et nos points faibles. Quand tu nous vois en live, tu n'auras peut-être pas l'énorme truc multi-instrumental que tu entends sur nos enregistrements mais tu vas entendre le vrai son, le son cru, de notre groupe. En concert, on joue plus hard, plus fort, plus lourd. L'auditeur a une différente approche sur la musique et je pense que c'est une chose vraiment spéciale. Tout dépend du type de show aussi, des fois on aura quinze mecs sur la scène et on jouera le truc comme on l'a enregistré même si il y aura pas mal d'impro et de trucs un peu neufs pour le spectateur.



Dernière question, un peu plus personnel. Je suis un grand fan des Rolling Stones, et notamment de Keith Richards. Soyez honnêtes (je ne me vexerais pas), sont-ils des influences ? Qu’en pensez-vous ?

J.J :
On ADORE les Stones. Et ouais, ils ont été des influences subtiles pour nous. Keith Richards est un délice et si vous ne l'avez pas encore entendu, il revient jouer sur le dernier Tom Waits, Bad As Me (ndla : dont la chronique est à retrouver sur Deep-music.net). « Satisfied » (ndla: de Waits) est un clin d'œil à Richards et Jagger d'ailleurs.

A.F : J'adore les Rolling Stones. Je ne comprends pas comment les gens ne peuvent pas les adorer. « Ventilator Blues » (ndla: des Stones sur Exile on Main Street) est l'une de mes chansons préférées et dès que je l'ai entendue, j'ai compris ce qui faisait d'eux un bon groupe. C'est simple et « groovant ». Leur ligne de basse sont parfaites et je peux dire que j'ai passé des heures à disséquer leur jeu, à les rejouer. Et Keith Richards... c'est un dieu parmi les hommes, quoi. Juste pour le fait qu'il vivra toujours et qu'il est un putain de guitariste.